Ferro-Lyon

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La chasse aux hirondelles est ouverte

Publié le 09-12-2017 à 21h38

Une nouvelle fois, l’absence délibérée d’entretien d’une ligne ferroviaire par son propriétaire vient de la condamner. Ainsi, la section de ligne entre Oyonnax (Ain) et Saint-Claude (Jura) viens de fermer. Cette section de ligne a été ouverte le 10 juillet 1889 par la Compagnie des chemins de fer du Paris à Lyon et à la Méditerranée pour desservir l’industrieuse vallée de la Bienne. Elle est alors raccordée au reste du réseau ferroviaire du côté sud par le tronçon de La Cluse à Oyonnax mis en service dès 1885. Il a ensuite fallu attendre 1912 pour que la ligne ait un débouché au nord de Saint-Claude vers Morez, Champagnole et Andelot-en-Montagne.

Cette ligne a connu une activité qui s’est longtemps maintenue en lien avec l’attractivité industrielle des territoires traversés. C’est particulièrement vrai après la seconde guerre mondiale où le haut Jura se spécialise dans l’injection des matières plastiques entraînant un net regain démographique. Mais à partir des années 1970, les industriels se détournent d’une SNCF incapable de répondre à leurs besoins de transport, puis dans les années 1980-90, la concurrence internationale entraîne un déclin de l’activité plasturgique. Du côté ferroviaire, la desserte marchandises a été abandonnée entre Oyonnax et Saint-Claude dès 1990. Il faut dire que l’organisation de la desserte faisait que les wagons mettaient alors 23 heures pour aller de Bourg-en-Bresse à Saint-Claude… Soit de l’ordre de dix fois le temps de trajet d’un camion. Pour les voyageurs, la desserte a toujours été peu étoffée. Mais la fermeture de six des sept points d’arrêt intermédiaire est venu miner l’intérêt de la ligne sans réduire notablement les temps de parcours de bout en bout alors que les villages de vallée concentrent une population non négligeable. Pire, entre 2005 et 2010, la ligne a été fermée au sud d’Oyonnax pour permettre la reconstruction complète et l’électrification de la ligne de Bourg-en-bresse à Bellegarde-sur-Valserine en vu d’y faire circuler les TGV de Paris à Genève. Cette interruption honteusement longue a durablement détourné les utilisateurs de la ligne. Après cet épisode, la desserte entre Oyonnax et Saint-Claude qui était de six aller-retour quotidiens a été diminuée à trois.

Le prétexte à la fermeture est habituel, facile, pour ne pas dire usé jusqu’à la corde : vétusté de la voie selon SNCF Réseau. Il aurait fallu, d’après cette société spécialiste du gonflement des devis, 9,1 millions d’euro pour pérenniser cette liaison. Notons d’ailleurs le cynisme de SNCF Réseau qui a osé écrire à la région Auvergne-Rhône-Alpes le 18 juillet 2017 dans un courrier rédigé dans la plus belle novlangue Conformément aux orientations prises dans le plan de sauvetage […], SNCF Réseau prononcera l’arrêt d’exploitation de la section Oyonnax - Saint-Claude au service annuel 2018, soit à partir du 10 décembre 2017. Un plan de sauvetage par la fermeture définitive, il fallait tout de même oser l’écrire ! Ceci dit, les deux régions concernées ne sont pas non plus de blanches colombes sur ce dossier. Le désengagement ferroviaire de la région Auvergne-Rhône-Alpes (et plus généralement son abandon des territoires ruraux ou enclavés) est maintenant bien connu. Elle agit selon la volonté de son président-gilet-rouge (il pourra toujours se recycler au service Inoui™ si ça tourne mal pour lui, il a déjà la tenue). Le bilan de deux ans de mandat commence à être lourd avec la fermeture des lignes entre Volvic et le Mont-Dore, entre Thiers et Montbrison et maintenant entre Oyonnax et Saint-Claude. Ceci sans parler de la suppression des comités de lignes où les utilisateurs pouvaient s’exprimer. La suite ne s’annonce pas radieuse avec la fermeture annoncée pour avril 2018 de la gare de Lus-la-Croix-Haute en prélude à la liquidation du tronçon entre Vif et Aspres-sur-Buëch avant 2020. Logiquement en fin d’année 2018 la ligne du Puy-en-Velay à Saint-Georges-d’Aurac devrait aussi être fermée. Il restera ensuite à fermer la section de Viescamp-sous-Jallès à Laval-de-Cère sur la ligne d’Aurillac à Brive-la-Gaillarde, puis celle de Neussargues à Saint-Chély-d’Apcher sur la ligne de Clermont-Ferrand à Béziers (avec toutes les questions qui se poseront alors par rapport au maintien de l’activité de l’usine Arcelor de Saint-Chély).

Petite mesquinerie ultime, le groupe SNCF a réussi a empêcher tout hommage des amateurs avant cette fermeture. l’ABFC avait prévu de faire circuler deux fois son autorail X4039 sur la ligne les 2 et 9 décembre. Étrangement le profil de ses boudins de roues est devenu non conforme et malgré les demandes de l’association pour obtenir l’autorisation d’acheminer l’autorail vers un atelier de réparation, cet acheminement a été impossible depuis l’été 2017 faute de personnel disponible du côté SNCF…

Enfin, cette fermeture fragilise les deux bouts encore en service de la ligne, que ce soit de Bourg-en-Bresse à Oyonnax (encore que la voie récente et en bon état devrait l’épargner pour quelques années, le temps que les entretoises des traverses bi-blocs soient suffisamment rongées par la rouille) ou d’Andelot-en-Montagne à Saint-Claude. Ce dernier tronçon dont la voie n’est plus très fraîche et dont la partie entre Morbier et Saint-Claude compte de nombreux ouvrages d’art plus ou moins bien entretenus semble désormais en première ligne…

Signalons que cette (Oui)fermeture n’est pas la seule de ce changement de service. La ligne de Rodez à Sévérac-le-Château ferme elle aussi. Mais, pour cette dernière ligne, la région Occitanie va payer des travaux qui auront lieu… dans quatre ans au moins. Terminons toutefois sur un point plus positif en signalant que la région Bourgogne-Franche-Comté a réussi a faire rouvrir la ligne d’Étang-sur-Arroux à Autun qui ne sera resté fermée « que » (si l’on ose dire) un an.

Chassal, hameau de Marignat, août 2017

Chassal, hameau de Marignat, l’autorail entre Bourg-en-Bresse et Saint-Claude semble en pleine nature, mais la friche au premier plan est en cours d’aménagement pour faire un lotissement. août 2017.

Chassal, vers l’usine hydroélectrique de Porte-Sachet, septembre 2017

Chassal, vers l’usine hydroélectrique de Porte-Sachet, l’autorail entre Saint-Claude et Bourg-en-Bresse avance paisiblement. septembre 2017.

Chassal, hameau de Marignat, septembre 2017

Chassal, hameau de Marignat, l’autorail entre Bourg-en-Bresse et Saint-Claude s’éloigne à proximité du passage à niveau n°66. septembre 2017.

Lavancia-Épercy, galerie couverte de Brasselette, septembre 2017

Lavancia-Épercy, l’autorail entre Saint-Claude et Bourg-en-Bresse émerge de la galerie couverte de Brasselette. septembre 2017.

Vaulx-lès-Saint-Claude, les Gouilles de l’Enfer, octobre 2017

Vaulx-lès-Saint-Claude, les Gouilles de l’Enfer, l’autorail entre Bourg-en-Bresse et Saint-Claude franchit l’ancien passage à niveau n°74. Ce dernier dispose encore de ses barrières, mais l’absence de platelage sur la voie indique qu’il n’est plus utilisé. octobre 2017.

Lavancia-Épercy, Combe-Morez, octobre 2017

Lavancia-Épercy, Combe-Morez, l’autorail entre Saint-Claude et Bourg-en-Bresse avance dans la tranché rocheuse. octobre 2017.

Saint-Claude, décembre 2017

Saint-Claude, l’antépénultième train arrivant de Bourg-en-Bresse (et dernier dans ce sens à circuler sous la lumière du jour, les suivants arrivant respectivement à 19h03 et 19h59) vient de s’arrêter à son terminus dans le froid sous un soleil radieux. 8 décembre 2017.

Saint-Claude, décembre 2017

Saint-Claude, l’antépénultième train en direction de Bourg-en-Bresse (et dernier à circuler sur la ligne sous la lumière du jour. Les suivants dans ce sens partant le lendemain, samedi 9 à 5h52 et 6h45) se prépare à partir alors que les nuages s’amoncellent dans le ciel. 8 décembre 2017.

Oyonnax, décembre 2017

Oyonnax, l’antépénultième train arrivant de Saint-Claude à destination de Bourg-en-Bresse (et dernier à circuler sous la lumière du jour. Les suivants arrivant dans ce sens le lendemain, samedi 9, à 6h31 et 7h25) entre en gare sous un orage neigeux. 8 décembre 2017.

Toutes les photos de cette page ont été prises d’août à décembre 2017.