Publié le 11-03-2007 à 16h51. (mis à jour le 30-05-2008 à 19h20.)
Deuxième funiculaire urbain a être ouvert à Lyon, c’est certainement celui qui a eu l’histoire la plus agitée. D’abord funiculaire, puis ensuite crémaillère, et enfin (définitivement ?) funiculaire. Il assure aujourd’hui un service intensif digne d’un métro.
L’idée d’un funiculaire grimpant à la colline de Fourvière est née du succès de celui de la rue Terme montant à la Croix-Rousse. Le projet de funiculaire de Saint Jean à Saint Just est porté par des investisseurs qui pressentent le potentiel de trafic existant entre le plateau déjà urbanisé de Saint-Just et le bas de la ville de Lyon. Dès 1864, un Monsieur Bonnet sollicite en vain une concession. Les consorts Charbonneau et Bourget feront de même en 1867, sans plus de succès. Néanmoins, Monsieur Bourget parvient à s’associer à des entrepreneurs de travaux publics belges ayant une surface financière permettant de financer le projet, les frères Riche. Le 22 novembre 1871, le Conseil Général du Rhône accepte leur demande. Le Président de la République, Adolphe Thiers promulgue le traité de concession le 15 décembre 1872. Le 29 janvier 1873, la concession est cédée à la Société Anonyme du Chemin de Fer de Lyon à Fourvière et à Saint-Just crée pour la circonstance le 20 janvier. Les travaux de construction débutent alors en 1875 sous la direction de Monsieur l’ingénieur Grivet. Le 25 juillet 1876, la société anonyme est reprise, selon la volonté des actionnaires, par la Compagnie du chemin de fer de Lyon à Saint Just, mieux capitalisée, et qui achèvera les travaux. Le funiculaire a été inauguré le 14 juillet 1878, a été ouvert au public le 8 août suivant.
Dès sa naissance, la Compagnie du chemin de fer de Lyon à Saint Just avait des ambitions plus étendues que l’exploitation d’un court plan incliné. Ainsi, le 9 août 1879, elle demande au Conseil Général la concession d’une ligne à voie métrique entre la gare de Saint-Just de la ficelle et Mornant, avec un embranchement vers Vaugneray. Le 10 septembre 1880, le Conseil Général accepte la demande de la compagnie. La déclaration d’utilité publique du réseau est prononcée par une loi promulguée le 21 août 1882. Pour construire ce nouvel ensemble, les actionnaires constituent le 23 novembre 1883 une nouvelle compagnie mieux capitalisée, la Compagnie du chemin de fer de Fourvière et de l’Ouest Lyonnais (FOL), qui reprend les actifs de la Compagnie du chemin de fer de Lyon à Saint-Just. Sa substitution sera entérinée par les pouvoirs publics le 14 janvier 1886. Le 17 avril 1886, le département autorise la mise en service du tronçon de Saint-Just à Vaugneray. L’antenne vers Mornant ouvrira elle le 27 janvier 1887 entre le Tupinier et Messimy et le 11 juillet suivant pour sa section terminale. Ce réseau apporte alors un trafic supplémentaire significatif à la ficelle.
En 1891, Monsieur Guinant sollicite et obtient du Conseil Général la concession d’une ligne de tramway électrique entre la gare de Saint-Just et le bourg de Sainte-Foy-lès-Lyon. Ceci donnera naissance à la Société Anonyme du Tramway de Sainte-Foy (TSF). La ligne, à voie de 0,75 mètres d’écartement est mise en service le 14 juin 1893. Cette compagnie, financièrement fragile, tente d’obtenir la concession d’une ligne de tramway directe vers le centre de Lyon par le chemin de Choulans. Le FOL contrera cette velléité en rachetant la société TSF à compter du 1er janvier 1898.
Le 30 octobre 1898, le FOL ouvre une nouvelle ligne de tramway en direction de Francheville partant elles aussi de Saint-Just. Dans la foulée, elle convertie à la voie métrique la ligne de Sainte-Foy, opération achevée le 5 juin 1899.
La compagnie, au tournant de l’année 1900 est confronté à la faible capacité du funiculaire, désormais tronc commun donnant la correspondance à 4 lignes, et à son obsolescence. Elle a alors l’idée originale et novatrice de faire transiter les tramways des lignes de Sainte-Foy et Francheville vers Saint Jean et le centre de Lyon, en passant par le tunnel de la ficelle. Ceci en plus des navettes de Saint-Jean à Saint-Just. Pour cela, elle décide de transformer le funiculaire en ligne à crémaillère, et de s’équiper de trams capables de rouler indifféremment sur les lignes urbaines et celle à crémaillère. La transformation est acceptée par les autorités de tutelle le 28 avril 1900. Le funiculaire fermera donc le 28 février 1901. La conversion de la ligne sera achevée en un temps record, en mai 1901. Malheureusement, les essais de circulation des trams sur cette infrastructure révèleront un risque de déraillement non corrigible à court terme. Ce coup dur technique entraînera de lourdes dépenses imprévues pour rétablir le service sur le plan incliné. Cet épisode, affaiblissant la compagnie du FOL mènera à son rachat par l’OTL et à la fusion des deux compagnies au 1er janvier 1911.
Le 17 août 1911, un incendie détruit le dépôt de Saint-Just. Ce qui entraîne la perte de 2 locomotives à crémaillère et d’une remorque. Les deux locomotives seront reconstruites pour juin 1912. Un nouvel essai de descente des tramway par le plan incliné est fait en 1913 avec les nouvelles motrices Buire-Francheville récemment livrées. Il échouera cette fois à cause de la position trop basse des la roue dentée destinée au freinage et qui heurte les obstacles saillants en chaussée. Les trams ne circuleront donc jamais entre Saint-Jean et Saint-Just. Seul le matériel à crémaillère, exclusivement dédié, continuera à parcourir ce tronçon.
L’installation sera modernisée au début des années 1930, avec des remorques entièrement reconstruites, des gares réaménagées pour mieux canaliser les flux de passagers, des appareils de voie commandés électriquement et une signalisation lumineuse.

Dans les années 1950, à bout de souffle, l’ensemble des équipements du plan incliné doit être renouvelé. Après avoir hésité à transformer l’infrastructure pour y faire passer les trolleybus de la ligne 30, la pente forte de la partie basse, la fermeture de toutes les lignes ferroviaires au départ de Saint-Just (les tramways en 1935/36 et la ligne de Vaugneray le 2 novembre 1954) et les techniques de l’époque militent pour un retour à la traction funiculaire. Car il n’y a donc aucune nécessité d’interpénétration et de plus, cette technique limite les coûts de maintenance, en concentrant l’équipement de traction en un seul endroit. Le soir du 4 juillet 1957, la crémaillère ferme. Le plan incliné, retransformé en funiculaire rouvre le 29 avril 1958.
Le funiculaire subira à nouveau une modernisation intégrale entre 1985 et 1988, avec un changement de la voie, de la machinerie, des rames et reconstruction de ses deux terminus, pour préparer l’arrivée de la ligne D du métro à Saint-Jean. Le plan incliné ferme donc une nouvelle fois le soir du 30 juin 1985. Le nouveau funiculaire entre en service le 15 septembre 1986. À cette occasion, la ligne sera légèrement raccourcie à ses deux extrémités. À Saint Jean, maintenant nommée Vieux Lyon - Cathédrale Saint Jean, pour permettre l’insertion de la station du métro D et de son accès, et à Saint Just pour réaliser une opération immobilière.